En France, 3 personnes sur 5 estiment que le chiffrement de bout en bout est important
Cependant, beaucoup ignorent quels services sont réellement protégés par ce type de chiffrement.

À quel point le chiffrement de bout en bout est-il important pour vous lors du choix une application ?
Une majorité de Français (61 %) considèrent le chiffrement de bout en bout comme un critère déterminant lors du choix d’une application, mais seuls 27 % le jugent « très important », le taux le plus bas parmi les quatre pays étudiés.
Environ un tiers des répondants le qualifient d’« assez important », ce qui fait de la France le seul pays où la majorité relative ne l'a pas jugé « très important ».

27 %
des français jugent le chiffrement de bout en bout « très important », le taux le plus bas comparé à l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis
Ces résultats proviennent d'une enquête réalisée du 19 au 25 juin 2025 auprès d'un échantillon représentatif de la population : environ 600 adultes en Allemagne et 700 adultes en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Nous avons constaté que dans les quatre pays, la plupart des gens reconnaissaient la valeur du chiffrement de bout en bout (E2EE), la forme de protection la plus forte pour les e-mails chiffrés, le stockage cloud, la messagerie et d’autres services qui respectent la vie privée des utilisateurs.
À titre de comparaison, 47 % des Allemands considèrent le chiffrement de bout en bout comme très important, suivis par 42 % des Américains et 38 % des Britanniques. Le pourcentage global de Français jugeant le chiffrement de bout en bout « très important » ou « assez important » (61 %) est également le plus faible, derrière l'Allemagne (78 %), les États-Unis (76 %) et le Royaume-Uni (73 %).

Confusion autour de cette technologie et des services qui l'utilisent
Le chiffrement de bout en bout garantit que seuls l’expéditeur et le destinataire peuvent lire les messages ; ni le service de transmission, ni aucun intermédiaire – fournisseurs d’accès à Internet, gouvernements, annonceurs, etc. – n’y ont accès.
En France, l’étude montre qu’une importante confusion persiste quant au fonctionnement de cette technologie et aux services qui l’emploient. La France est le seul pays de notre enquête où une majorité de personnes (53 %) déclarent n'avoir jamais entendu parler du chiffrement de bout en bout (E2EE). Parmi les 48 % qui affirment connaître l’E2EE, seulement 61 % en décrivent correctement le principe, ce qui représente le taux le plus bas parmi les quatre pays étudiés.
Cette méconnaissance s’étend aux services prétendant offrir le chiffrement de bout en bout. Environ 22 % des personnes croient à tort que Gmail propose le chiffrement de bout en bout (E2EE), et 14 % ont la même opinion erronée de Microsoft Outlook.

22 %
des répondants croient à tort que Gmail utilise le chiffrement de bout en bout
14 %
des répondants croient à tort que Microsoft Outlook utilise le chiffrement de bout en bout
Les jeunes hommes sont plus susceptibles de considérer le chiffrement de bout en bout comme « très important »
Des disparités marquées quant à l'importance accordée au chiffrement de bout en bout apparaissent selon l'âge. En France, les jeunes hommes semblent les plus fervents défenseurs de l'E2EE : 38 % des 18-34 ans le jugent « très important ». À l'inverse, seuls 19 % des hommes de plus de 55 ans le considèrent comme « très important ». Les femmes de 18-34 ans se montrent également relativement peu enthousiastes, avec seulement 21 % d'entre elles qui le jugent très important. Pour les autres tranches d'âge, les résultats se situent entre 25 et 32 %.


« Les Français sont encore bien naïfs ? ... Confiants ? Démocrates, en fait. »
Nous avons interrogé le député français Éric Bothorel à propos de ces résultats afin de recueillir son analyse.
Il estime que l'état de droit en France incite peu la population à s'intéresser au chiffrement de bout en bout, contrairement à la Chine ou aux États-Unis.
« Dans une démocratie apaisée, la majorité de la population n’a pas à s’interroger sur la captation de ses échanges. »
« Les Chinois n’ont strictement aucun doute sur le fait d’être en permanence écouté par un parti unique et ses organes. Les Américains n’ont strictement aucun doute que les GAFAM (les géants du numérique) sont, pour le moins, copropriétaires de leurs données.
Les Français sont encore bien naïfs ? Confiants ? Démocrates, en fait. Ils se persuadent que la loi protège. »
Il souligne également que, malgré le rôle essentiel d'internet dans notre économie et notre société, les citoyens peinent encore à comprendre l'impact de la cybersécurité sur leur vie quotidienne.
« Les citoyens sont très vigilants face aux attaques physiques : leurs véhicules, leurs maisons, leurs enfants font l'objet de leur plus grande vigilance. Ils comprennent parfaitement ce que signifie se protéger. Mais sur les réseaux, nous restons dans l'immatériel. La perception des risques, des intrusions et des violations est totalement différente. Du moins jusqu'au jour où nous en faisons l'expérience. »
Google est l'un des principaux bénéficiaires de cette confusion.
Google est l'un des principaux bénéficiaires de cette confusion. Le député Bothorel estime que l'explication est simple : « Nous faisons confiance aux services que nous pratiquons et sommes méfiants avec ceux que nous ne pratiquons pas. Nous faisons confiance aux passoires que sont Meta et Google et sommes suspicieux avec France Identité. »
Les personnes qui considèrent le chiffrement de bout en bout comme très important étaient en réalité plus nombreuses à affirmer que Gmail utilisait l'E2EE que la moyenne des participants à notre enquête (35 % contre 22 %). Ce même groupe était également plus enclin à considérer Gmail comme un service privé : 30 % l'ont qualifié de « très privé » et 34 % supplémentaire le qualifiant de « relativement privé ».
Néanmoins, parmi les quatre pays interrogés, la France affiche le plus faible degré de confiance dans la protection de la vie privée via Gmail. En effet, en France, seuls 48 % des répondants estiment que leurs messages Gmail sont « très privés » ou « relativement privés », contre 66 % en Allemagne, 61 % aux États-Unis et 57 % au Royaume-Uni.

Les utilisateurs font trop confiance au chiffrement de bout en bout de Meta.
Autre grand gagnant de cette enquête : Meta, la maison mère de Facebook, Facebook Messenger, WhatsApp et Instagram.
Le chiffrement de bout en bout est depuis longtemps un élément clé du marketing de WhatsApp, et c'est le seul service qu'une majorité de répondants français (52 %) ont correctement identifié comme proposant cette technologie. (Une poursuite en justice de janvier 2026, déposée après cette enquête, conteste cette affirmation.)
Facebook Messenger, qui a adopté le chiffrement de bout en bout (E2EE) par défaut en 2023, a été reconnu par 29 %.

65 %
des répondants ont déclaré qu’ils envisageraient d’utiliser un autre service après avoir pris connaissance de ces informations.

52 %
des répondants français ignorent que WhatsApp surveille les métadonnées des messages, comme les horodatages et les contacts, et 57 % ignorent que Meta, la maison mère de WhatsApp, partage ces métadonnées avec des gouvernements du monde entier.
des répondants ont déclaré qu’ils envisageraient d’utiliser un autre service après avoir pris connaissance de ces informations

Pourquoi le chiffrement de bout en bout est-il important ?
Bien sûr, les communications envoyées via ces services populaires restent généralement chiffrées pendant leur transmission, grâce à l’adoption généralisée du protocole HTTPS. Et bien que Google affirme avoir cessé d’analyser les courriels à des fins de publicité ciblée en 2017, l’entreprise continue de le faire pour lutter contre le spam et les contenus malveillants.
Mais lorsqu’un service ne propose pas de chiffrement de bout en bout, cela signifie qu’aucun obstacle technique ne l’empêche d’accéder aux courriels, fichiers et photos de ses utilisateurs. Même s’il prétend le contraire, le service peut toujours changer d’avis.
De plus, les services sans chiffrement de bout en bout restent libres de partager les fichiers auxquels ils ont accès avec les autorités, s'ils sont incités ou contraints de le faire. En effet, Google et Meta, la société mère de Facebook, WhatsApp et Instagram, reçoivent désormais près de 500 000 demandes d’informations par an de la part du gouvernement américain.
Comme l’explique le député Eric Bothorel, « le secret des correspondances, s’il est garanti par la loi, est récent et, surtout, très fragile ».
En savoir plus sur les données que les Big Tech partagent avec les gouvernements à travers le monde.

Près de la moitié des Allemands pensent que le chiffrement de bout en bout est très important

La plupart des Britanniques disent que le chiffrement compte

La plupart des Américains disent vouloir le chiffrement
